Par Léonard Grynfogel – PDG de Luniwave
Les nappes phréatiques ne mentent pas. Ce printemps, les bulletins du Bureau de Recherches
Géologiques et Minières (BRGM) ont publié des niveaux alarmants dans plusieurs bassins
français. Pourtant, d’ici quelques semaines, des millions de vacanciers s’installent dans des
hôtels, des campings et des résidences où un séjour moyen consomme trois fois plus d’eau qu’à
domicile. La collision est programmée et a un nom : la guerre de l’eau touristique. Dans
plusieurs communes littorales, elle a déjà commencé sous forme de tensions entre habitants et
exploitants, de pétitions, de votes aux conseils municipaux. Le tourisme, un des premiers
secteurs économiques du pays, est sur le point de devenir le bouc émissaire d’une crise qu’il n’a
pas créée seul, mais à laquelle il contribue de façon spectaculaire.
La réglementation seule ne résoudra rien
La réponse réflexe des pouvoirs publics est connue : arrêtés préfectoraux, restrictions et
amendes. C’est nécessaire, mais ce n’est pas suffisant. Les données comportementales sont
sans appel : 70 % des clients déclarent vouloir des séjours éco-responsables, et 90 % d’entre
eux refusent la moindre contrainte pendant leurs congés. L’écologie punitive frustre, divise et
se retourne contre ceux qui l’imposent. Sanctionner le vacancier, c’est en définitive attaquer le
produit que la France vend au monde entier : l’hospitalité, le plaisir, la liberté de décompresser.
30 % de consommation en moins, sans priver personne
Il existe une voie plus efficace que la sanction : celle de l’incitation. Pas une campagne
d’affichage « pensez à fermer le robinet », qui n’a jamais changé un comportement. Mais
montrer aux gens, en temps réel, combien ils consomment et les récompenser quand ils font
mieux. Les résultats mesurés dans les établissements qui ont déployé ces systèmes sont
probants : une réduction de 30 % de la consommation d’eau, sans dégradation de l’expérience
client, sans baisse du taux de satisfaction, sans impact sur la rentabilité. L’économie se fait, sans
que le client le ressente. Subir ou choisir : c’est sur ce choix-là que se joue l’avenir du tourisme,
pas sur le montant des amendes.
Une responsabilité qui appartient aux exploitants, pas aux vacanciers
Remettre la charge de la sobriété au client, c’est se tromper de responsable. C’est aux
exploitants hôteliers, aux gestionnaires de campings, aux propriétaires de résidences de
tourisme d’équiper leurs infrastructures, d’instrumenter leurs circuits d’eau, de mettre en
place les systèmes de mesure et de retour d’information. Ils en ont les moyens et désormais
l’intérêt, car les territoires qui les accueillent commencent à poser des conditions. Ils en ont
désormais l’intérêt, car le droit d’exploiter un territoire sous tension hydrique ne sera plus
acquis par défaut. L’été 2026 n’attend pas. La France accueille 100 millions de touristes
étrangers chaque année, une richesse, et une pression hydrique que personne ne peut plus
ignorer. Les arbitrages qui n’auront pas été faits avant les canicules se feront sous les canicules,
dans l’urgence et le conflit.