Par Tony Loeb, cofondateur de 10 Minutes Hotels
Depuis que j’anime ce podcast, il y a un sujet qui revient à chaque épisode ou presque : les commissions OTA. Je n’ai encore jamais rencontré un hôtelier qui trouve les montants justifiés. Jusqu’ici, c’était un constat qu’on partageait tous en soupirant, sans grand espoir de changement.
Cette fois, j’ai invité quelqu’un qui affirme le contraire. Marc Barennes est avocat depuis près de 25 ans, il exerce en droit de la concurrence et mène depuis sept ans des actions collectives pour le compte d’entreprises. Aujourd’hui, il porte une action intégralement financée contre Booking, pour le compte de centaines d’hôteliers français.
Pendant le podcast, j’ai volontairement pris la posture d’un hôtelier sceptique, parce que je sais que beaucoup d’entre vous se disent : « Encore une initiative contre Booking qui n’ira nulle part ». J’ai donc posé les questions qu’un hôtelier pragmatique se pose vraiment et voici ce que j’en retiens.
Ce qui a changé, très concrètement
Marc est clair sur ce point : ce n’est pas une nouvelle croisade contre Booking. La question posée par l’action collective est précise. Est-ce que Booking a abusé de sa position dominante en France et en Europe pour imposer des taux de commission plus élevés que ceux qu’une concurrence normale aurait permis ?
Ce qui rend cette question actionnable aujourd’hui, c’est que Booking a été sanctionné à six reprises en deux ans par différentes autorités de concurrence. L’autorité suisse a par exemple constaté que Booking imposait des commissions excessives de 25 % à ses hôteliers. La Cour de justice de l’Union européenne a rendu illégales les clauses de parité tarifaire exigées par Booking (ou un autre OTA). Il y a deux ans, ces décisions n’existaient pas. Aujourd’hui, elles servent de base pour demander réparation.
Les chiffres avancés donnent une idée de l’ampleur du dossier. Les économistes mandatés par le cabinet de Marc Barennes évaluent à 1,5 milliard d’euros le montant total récupérable pour l’ensemble des hôteliers français, avec un calcul qui varie fortement d’un établissement à l’autre. Marc prend l’exemple d’un hôtelier ayant réalisé environ 100 000 euros de chiffre d’affaires annuel via Booking pendant dix ans : son indemnisation potentielle s’évalue autour de 65 000 euros. Pour un établissement plus dépendant de la plateforme, avec des commissions à 23 ou 25 %, le montant grimpe naturellement. J’ai moi-même pensé à un ami hôtelier qui réalisait environ 70 % de son chiffre d’affaires annuel avec Booking, pour plus d’un million d’euros. Dans ce cas, on parle d’un dédommagement potentiel de plusieurs centaines de milliers d’euros.
Pourquoi ce n’est pas (juste) un pari
La deuxième chose qui m’a surpris, c’est la façon dont le risque a été construit pour retomber ailleurs que sur l’hôtelier. L’action est intégralement financée par une société de financement de litige, un métier qui consiste à supporter les frais d’une procédure en échange d’une commission si elle est gagnée. Concrètement, les hôteliers n’engagent aucuns frais de justice. En cas de victoire, le financeur se rémunère en prélevant 25 à 30 % des sommes obtenues. En cas d’échec, c’est ce même financeur qui supporte les pertes.
Reste la question que tout le monde se pose en silence : peut-on craindre des représailles de la part de Booking, comme un déréférencement de son hôtel ? Le montage juridique retenu apporte une réponse concrète. Pour réclamer une indemnisation, chaque hôtelier doit effectivement s’identifier et justifier son préjudice, Booking sait donc qui participe. Mais la partie officiellement engagée dans la procédure n’est pas l’hôtelier lui-même, c’est une société fiduciaire d’avocats qui agit au nom de l’ensemble des participants. Booking a en face de lui un seul interlocuteur juridique.
Si Booking décidait malgré tout de s’en prendre à un hôtelier précisément parce qu’il a rejoint l’action, cela déclencherait immédiatement une plainte, sans parler du fait que Booking se mettrait en tort face à une masse critique de ses propres clients, puisque plus de 16 000 hôtels sont aujourd’hui mobilisés dans les différentes actions menées en Europe.
Ce que vous pouvez faire dès maintenant
- Faire une simulation en ligne sur actioncollectivehotel.fr : elle prend moins de trois minutes et donne une première estimation du préjudice.
- Aucun engagement financier : rejoindre l’action ne coûte rien.
- Garder en tête que la fenêtre est active maintenant : environ 900 hôteliers français ont déjà rejoint l’action.
En résumé
L’idée centrale de cet échange, c’est qu’il ne s’agit pas de faire disparaître Booking ni de gagner une guerre contre les OTA. La question est plus simple : certaines commissions versées pendant des années étaient-elles trop élevées et les hôteliers ont-ils désormais l’espoir d’obtenir réparation ?
Dans l’épisode complet, Marc Barennes explique aussi pourquoi l’action française est structurée différemment des actions menées en Espagne, en Grèce ou aux Pays-Bas, ce qui se passe si vous vendez votre hôtel en cours de procédure et le calendrier réaliste à attendre avant une première décision.
🎧 Tout est dans l’épisode complet de 10 Minutes Hotels : Action collective contre Booking : Booking doit-il indemniser les hôteliers ?