Il y a quelques années encore, je m’inquiétais du fait que des algorithmes choisissent les films que je regardais sur Netflix.
Aujourd’hui, la Silicon Valley semble considérer que même le geste ancestral consistant à dépenser son propre argent représente un effort excessif.
En avril, Stripe a présenté un portefeuille numérique permettant à des agents IA d’effectuer des achats en notre nom. Billets, réservations, achats en ligne.
Vous autorisez l’agent.
L’agent autorise le paiement.
Le paiement autorise la consommation.
À ce rythme, il ne manque plus qu’un agent qui parte en vacances à notre place pour que le cercle de l’efficacité soit parfaitement bouclé.
Le plus intéressant n’est pas la technologie.
Cette partie est presque banale.
OAuth, jetons d’authentification, cartes virtuelles, plafonds de dépenses.
Des sujets d’ingénieurs, pas de philosophes.
La véritable question est anthropologique.
Depuis trente ans, Internet cherche à réduire les frictions.
Un clic au lieu d’un appel téléphonique.
Une application au lieu d’une file d’attente.
Un algorithme au lieu d’une recherche personnelle.
Aujourd’hui, nous sommes entrés dans une nouvelle étape : retirer l’être humain de sa propre expérience d’achat.
HOOtL : Human Out Of The Loop.
Cela me rappelle un passage de Jean Baudrillard dans lequel le consommateur cesse d’être un sujet pour devenir une simple fonction du système.
À la différence près que cette fois-ci, le système est beaucoup plus poli.
Il vous envoie une notification.
« Souhaitez-vous approuver cette dépense ? »
Un clic.
La fin du libre arbitre en quatre mots.
Et pourtant, je comprends parfaitement pourquoi cela fonctionnera.
Réserver un hôtel, acheter un billet de train ou organiser un voyage sont des activités que personne n’aime vraiment.
C’est de la logistique.
Et la logistique est généralement la première victime de chaque révolution technologique.
Le paradoxe est que plus nous déléguons les décisions aux machines, plus la valeur humaine se déplace ailleurs.
Peut-être que le luxe de demain ne sera pas d’avoir un agent qui achète à notre place.
Peut-être sera-t-il de conserver encore l’envie, pour reprendre les mots de Giovanni Lindo Ferretti, de « ne vouloir ni acheter, ni être acheté ».
À la semaine prochaine,
SIMONE PUORTO