De Philippe Guimard, DG de la Business Unit Hotels & Wellness, Septeo Hospitality
Ce n’est pas nouveau, depuis quelques années, on constate une multiplication des outils dans la plupart des établissements.
PMS, RMS, POS, channel manager, logiciel spa, solutions de paiement, outils de distribution… chacun répondant à un besoin précis, mais une fois réuni dans l’exploitation quotidienne d’un hôtel, leur coexistence crée souvent une nouvelle difficulté.
Le manque de dialogue entre les systèmes oblige les équipes à faire ce dont la technologie aurait dû les libérer : relier les informations, vérifier les données…
La question n’est plus seulement celle de la performance d’un logiciel pris isolément, elle porte désormais sur la capacité de l’hôtel à faire fonctionner durablement ses outils, ses flux et ses données dans un cadre cohérent.
C’est précisément là qu’intervient la logique de suite métier.
Pourquoi les outils se fragmentent-ils naturellement ?
La fragmentation n’est pas un accident. Elle vient du fait que les établissements ne se ressemblent pas et leurs activités non plus.
Un établissement ne vend plus seulement des nuitées. Il peut gérer simultanément l’hébergement, la restauration, le wellness, des séminaires, ou encore des activités de loisirs ou des résidences de tourisme.
Chaque activité possède ses règles métier, ses processus et ses contraintes opérationnelles. Les logiciels se spécialisent donc naturellement pour répondre à ces besoins variés.
Un RMS optimise les prix.
Un POS gère la restauration.
Un logiciel spa organise les soins et les plannings.
Un channel manager distribue les chambres.
Cette spécialisation est non seulement logique, elle est même nécessaire.
Le problème n’est donc pas la multiplicité des outils.
Le véritable problème apparaît lorsque ces outils ne sont pas organisés selon une architecture unifiée.
Du logiciel unique à l’architecture métier
Pendant longtemps, le PMS a été considéré comme le cœur du système informatique hôtelier. Tout devait passer par lui.
Mais dans un environnement où les outils se multiplient, ce modèle atteint ses limites.
Le centre du système n’est plus la fonction PMS elle-même, mais la structure qui relie la donnée, les outils et les usages spécifiques. Les fonctions de réception, de check-in ou de facturation restent essentielles, mais elles s’inscrivent désormais dans un ensemble plus large, pensé comme une suite métier.
Cette suite métier, ou encore « logiciel d’opérations », n’est pas une solution qui prétend tout faire. C’est une architecture capable d’organiser les différents outils autour d’un socle commun. Chaque module conserve sa spécialisation, mais l’ensemble fonctionne de manière fluide et homogène.
Les trois piliers d’une suite métier
Pour fonctionner, cette architecture repose sur trois piliers fondamentaux.
1. Le Data Lake : la colonne vertébrale
Sans surprise, le premier pilier est la donnée.
Dans un système classique, les informations sont dispersées. Le PMS possède une partie des données, le POS une autre, le RMS encore une autre. Les équipes terrain doivent constamment prendre le temps de rapprocher ces informations.
La suite métier repose sur une logique différente : la centralisation de la donnée dans un Data Lake.
Ce socle permet de réunir les informations provenant de tous les modules de l’exploitation. La donnée devient alors un actif stratégique plutôt qu’une contrainte technique.
Pour le revenue manager, cela signifie une vision fiable pour ajuster les prix.
Pour les équipes opérationnelles, cela permet d’identifier immédiatement un client fidèle ou un historique de séjour.
Pour la direction, cela offre enfin une lecture globale de la performance de l’établissement.
2. L’architecture API-first
Le deuxième pilier est l’ouverture.
Il est clair qu’un outil rigide ou fermé constitue aujourd’hui un signal d’alerte.
Une suite métier doit être conçue selon une architecture API-first. Cela signifie que les systèmes sont pensés pour communiquer entre eux dès leur conception.
Dans ce modèle, les solutions de paiement, les outils de distribution, les RMS ou les CRM peuvent se connecter naturellement à l’écosystème de l’hôtel.
Cette ouverture permet à l’établissement d’intégrer de nouveaux outils sans avoir à modifier ou être freiné par son infrastructure.
L’exploitation gagne ainsi en agilité et en capacité d’évolution.
3. Les modules métiers
Le troisième pilier concerne les modules opérationnels.
Chaque établissement possède ses spécificités. Un resort avec spa et séminaires n’a pas les mêmes besoins qu’un hôtel urbain de centre-ville. Un établissement thermal ou un camping fonctionne selon des règles encore différentes.
La suite métier permet d’intégrer ces réalités grâce à des modules spécialisés.
On peut ainsi connecter une brique bien-être, un module resort multi-activité, une gestion MICE ou des solutions adaptées à l’hôtellerie de plein air.
La technologie s’adapte à l’exploitation et non l’inverse.
L’intelligence artificielle comme couche d’orchestration
Lorsque la donnée est centralisée et que les systèmes communiquent entre eux, une nouvelle couche technologique devient possible : l’intelligence artificielle.
Chez Septeo, nous travaillons sur ces sujets avec notre laboratoire Brain qui développe des solutions d’IA appliquées aux opérations hôtelières.
L’objectif n’est pas d’avoir un gadget technologique, mais de faire intervenir l’IA pour automatiser des tâches répétitives, comme la réconciliation financière des paiements.
Il faut d’ailleurs distinguer l’IA qui se voit (comme un chatbot) et l’IA qui ne se voit pas (traitement en arrière-plan). Au-delà des outils visibles, notre laboratoire Brain développe l’IA invisible qui gère notamment l’optimisation des plannings de chambres et le calcul des taux d’occupation.
La prochaine étape de cette évolution sera l’introduction d’une IA conversationnelle permettant de piloter certaines opérations avec le simple langage naturel, par exemple, la gestion du ménage, l’attribution des chambres ou le suivi des tâches opérationnelles.
En automatisant ce type d’opérations, les équipes peuvent se concentrer sur ce qui constitue la véritable valeur du métier : le service et l’attention portée au client.
La suite métier appliquée
C’est avec cette réalité du métier que nous avons conçu Ulyses Suite.
Notre ambition n’était pas de créer un nouveau PMS, mais plutôt de construire un socle technologique capable d’intégrer les opérations, la donnée et les particularités métiers dans une architecture cohérente.
Conçu en Cloud Native et API-first, Ulyses Suite permet d’intégrer naturellement les différentes composantes de l’écosystème hôtelier tout en préparant les évolutions futures.
Notre objectif reste toujours le même : simplifier l’exploitation.
Il y a donc une nouvelle question à laquelle un dirigeant hôtelier devrait pouvoir trouver une réponse : « Comment structurer l’ensemble des opérations de l’établissement au sein d’une architecture commune ? »
La technologie ne doit jamais devenir une fin en soi, elle doit simplement permettre au métier de fonctionner plus simplement, plus efficacement.
🎧 Pour aller plus loin, découvrez l’épisode complet du podcast : Dans 5 ans, gérer un hôtel sans PMS deviendra normal